Chaque Pas Est Une Prière
Le pèlerinage chinois n'est pas une balade — c'est une ascension. Alors que les pèlerins d'autres traditions marchent à travers des paysages plats pour atteindre leurs sites sacrés, les pèlerins chinois montent. Ils grimpent des montagnes sacrées pas à pas, et la difficulté est essentielle. Un pèlerinage qui ne fait pas mal est un pèlerinage qui ne compte pas.
Le mot chinois pour cette pratique — chaosheng (朝圣 cháoshèng), littéralement "rendre hommage au sacré" — implique une audience avec la divinité. Vous ne visitez pas un lieu saint. Vous vous présentez devant un être divin qui réside au sommet, et vous devez gagner le droit d'apparaître devant eux par la souffrance physique de l'ascension.
Les Montagnes de Pèlerinage
Les pèlerins chinois se concentrent sur deux systèmes de montagnes sacrées qui se chevauchent :
Les Cinq Grandes Montagnes (五岳 Wǔyuè) du taoïsme — le Mont Tai en Shandong, le Mont Hua en Shaanxi, le Mont Heng en Hunan, le Mont Heng en Shanxi, et le Mont Song en Henan. Ces montagnes définissent les frontières spirituelles de la Chine elle-même. Les gravir est un acte de connexion avec la terre.
Les Quatre Montagnes Sacrées Bouddhistes (四大佛教名山 Sì Dà Fójiào Míngshān) — le Mont Wutai en Shanxi, le Mont Emei en Sichuan, le Mont Putuo en Zhejiang, et le Mont Jiuhua en Anhui. Chacune est la résidence terrestre d'un Bodhisattva spécifique, et la visite équivaut à recevoir la bénédiction personnelle de ce Bodhisattva.
Les pèlerins les plus dévoués visitent toutes les neuf montagnes au cours de leur vie — un accomplissement spirituel à peu près équivalent à la tradition catholique de visiter les grandes basiliques.
Comment Fonctionne le Pèlerinage Chinois
La Préparation
Les pèlerins sérieux se préparent en adoptant un régime végétarien (斋戒 zhāijiè) pendant trois à sept jours avant le voyage. Ce rituel de purification — s'abstenir de viande, d'alcool et d'activité sexuelle — nettoie le corps et l'esprit pour la rencontre avec le divin.
Certains pèlerins portent des vêtements spécifiques : des vêtements simples et sobres qui les distinguent en tant que voyageurs spirituels plutôt qu'en tant que touristes. Sur les montagnes bouddhistes, vous pouvez voir des pèlerins portant des paquets d'encens aussi grands qu'eux, enveloppés dans un tissu jaune.
L'Ascension
La méthode traditionnelle pour gravir une montagne sacrée est de le faire à pied, un pas à la fois. Des téléphériques et des routes pavées existent sur la plupart des grandes montagnes maintenant, mais les traditionalistes considèrent cela comme une tricherie. La difficulté physique — cuisses brûlantes, genoux douloureux, souffle haletant — est comprise comme une forme de monnaie spirituelle, gagnée par le corps et dépensée au sommet.
La forme la plus extrême d'ascension de pèlerinage implique la prosternation : le pèlerin fait trois pas, puis s'agenouille et presse son front contre le sol, puis se lève et fait encore trois pas. L'ascension du Mont Emei de cette manière prend des semaines. L'ascension du Mont Tai prend des jours. La pratique génère un énorme mérite (功德 gōngdé) et d'énormes ampoules.
Les Rituels au Sommet
Lorsqu'il atteint le temple du sommet, le pèlerin :
Brûle de l'encens (上香 shàngxiāng) — généralement trois bâtons, tenus à hauteur de front, avec une révérence dans chaque direction cardinale.