Nüwa Répare le Ciel : La Déesse qui a Sauvé le Monde

La Déesse avec une Queue de Serpent

Nüwa (女娲 Nǚwā) est ce que la mythologie chinoise a de plus proche d'une mère universelle — et elle n’est rien de ce que cette phrase implique. Elle n'est pas douce, pas gentille, pas passive. C'est une déesse mi-serpent qui a créé l'humanité à partir d'argile, réparé un ciel brisé en fondant des pierres aux cinq couleurs, et coupé les jambes d'une tortue cosmique pour soutenir des cieux en train de s’effondrer. Elle n'est pas une figure maternelle nourricière. C'est une ingénieure qui se trouve être divine. Continuez avec Pangu et l'Oeuf Cosmique : Comment l'Univers Chinois a Commencé.

Création de l'Humanité

La création des êtres humains dans la mythologie chinoise n'est pas un acte grandiose et délibéré. Cela se situe, dans le cas de Nüwa, quelque part entre une impulsion créative et un projet de l'après-midi.

Selon les comptes rendus les plus anciens, Nüwa était seule dans un monde qui avait des montagnes, des rivières, et des animaux mais rien qui puisse lui répondre. Elle se rendit à la rive du Fleuve Jaune, prit de l'argile jaune (黄土 huángtǔ) et sculpta de petites figures à son image. Lorsqu'elle souffla dessus, elles prirent vie — des êtres pouvant marcher, parler, et être indépendants.

Elle était ravie. Elle en fit d'autres. Mais sculpter manuellement des humains individuels était un travail lent, et Nüwa désirait peupler toute la terre. Alors elle plongea une corde dans l'argile et la secoua, envoyant des gouttelettes voler dans toutes les directions. Chaque gouttelette qui touchait le sol devenait une personne.

Des interprétations ultérieures ajoutèrent une dimension de classe : les figures soigneusement sculptées à la main devenaient les riches et les nobles. Les gouttelettes secouées devenaient des roturiers. Cet ajout révèle la capacité de la mythologie chinoise à faire du commentaire social — même les histoires de création portent les empreintes de la société qui les raconte.

Le Ciel Se Brise

Le plus grand acte de Nüwa n'était pas la création mais la réparation. Le mythe de Nüwa réparant le ciel (女娲补天 Nǚwā Bǔ Tiān) est l'une des histoires les plus dramatiques de la mythologie chinoise :

Le dieu de l'eau Gonggong (共工 Gònggōng), défait dans une guerre contre le dieu du feu Zhurong (祝融 Zhùróng), frappa sa tête contre le Mont Buzhou (不周山 Bùzhōu Shān) — l'un des piliers soutenant le ciel. Le pilier se craqua. Le ciel se pencha vers le nord-ouest. La terre se pencha vers le sud-est. L'eau coula à travers la fissure dans le ciel, provoquant des inondations. Le feu jaillit des fissures dans le sol. Le monde se noyait et brûlait simultanément.

Ce n'était pas une petite catastrophe. L'architecture cosmique elle-même était brisée — la structure physique qui séparait le ciel de la terre, qui maintenait le ciel au-dessus et le sol en dessous, avait subi une défaillance structurelle catastrophique.

La Réparation

La réponse de Nüwa était méthodique :

Elle a fondu des pierres aux cinq couleurs (五色石 wǔsè shí) — rassemblant des pierres de cinq couleurs correspondant aux cinq éléments (五行 wǔxíng : métal, bois, eau, feu, terre), les fondant dans un fourneau divin, et utilisant le matériau fondu pour réparer la fissure dans le ciel. C'est le premier projet d’ingénierie dans la mythologie chinoise — une réparation structurelle réalisée avec des matériaux spécifiques, à des températures spécifiques.

À propos de l'auteur

Expert en Divinités \u2014 Spécialiste des traditions religieuses chinoises.

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